THE THING : LE CAS PALMER

Nouvelle à découvrir si vous connaissez bien le film et la scène du « blood test »

(1: 20: 56)

Qui sont ces gens ?Ā 

Où suis-je ?

Qui suis-je ?

Impression de flou, comme si je venais de me rƩveiller, pourtant, je le suis parfaitement.

Ou plutĆ“t une sorte d’absence.

Je suis ligotĆ© Ć  un sofa, et sur ma droite j’observe deux autres hommes, attachĆ©s Ć©galement, tandis que d’autres encore se tiennent debout. Tous fixent un barbu, habillĆ© chaudement, qui nous menace avec un lance-flamme.

Je ne comprends rien Ć  ce qui se passe.

La piĆØce où nous nous trouvons est une sorte de salle de jeux, ou de repos. Un Ć©norme jukebox orange et une borne d’arcade cĆ“toient un flipper. Des cibles de jeux de flĆ©chettes et une Ć©norme carte habillent le mur. Il s’agit d’une carte de l’Antarctique. La couleur bleue qui perce des fenĆŖtres me confirme ce que les autres indices suggĆØrent : je suis bien au pĆ“le Sud, dans ce qui ressemble Ć  une base.

J’ignore d’où me vient cette certitude.

« Détachez-moi », me hasardé-je.

Aucun son ne sort de ma boucheĀ : mes pensĆ©es ont l’interdiction d’être transmises Ć  mes cordes vocales. Personne ne me prĆŖte attention, tous sont captivĆ©s par cet homme.

Il chauffe un fil Ć©lectrique avec l’amorce de son lance-flamme et des coupelles emplies de sang attendent sur une table, Ć  cĆ“tĆ© de lui.

Cette scĆØne est surrĆ©aliste … et incomprĆ©hensible.

Je ressens une lĆ©gĆØre pulsation au niveau de mon pouce, qu’une gaze recouvre. J’en dĆ©duis que l’une des coupelles contient de mon sang.

Je me sens captif de mon corps, prisonnier de cette réalité inexplicable et la peur commence à roder autour de mon esprit. Je la combats. Si elle me submerge, je suis perdu : une autre certitude.

L’homme au lance-flamme plonge le cĆ¢ble dĆ©nudĆ© et chauffĆ© Ć  blanc dans le rĆ©cipient portant l’étiquette Ā« Windows Ā». Le fil Ć©met un son semblable Ć  un fer Ć  cheval plongĆ© dans l’eau, laissant Ć©chapper un fin filet de fumĆ©e. Un autre barbu, une blessure rĆ©cente sur le front et habillĆ© d’une chemise bleue lĆ¢che un soupir de soulagement.Ā 

– Tu es ok. Bon, enfile Ƨa et surveille-les.

Windows ne demande pas son reste et s’équipe Ć  son tour d’un lance-flamme.

– Je vais maintenant vous montrer ce que je sais dĆ©jĆ .

Il rĆ©itĆØre le processus, qui donne le mĆŖme rĆ©sultat lorsqu’il le plonge dans le sang d’une coupelle portant le nom de Ā« MacReady Ā». J’en conclus que c’est le barbu qui mĆØne la dance.

– C’est des conneries, lance l’homme noir, attachĆ© au sofa avec moi.

Un autre, stoĆÆque, cheveux gris, se trouve entre nous deux.

– Au tour du Doc et de Clarke.

Je tourne la tĆŖte et dĆ©couvre deux corps allongĆ©s et ligotĆ©s sur un billard. Celui de gauche, encore un barbu, prĆ©sente un trou au milieu du front, et le sang qui l’aurĆ©ole ne laisse aucun doute. Cet homme est mort d’une balle dans la tĆŖte. Le second, un peu dĆ©garni, pourrait bien ĆŖtre inconscient, je ne vois rien d’autre depuis ma position. Le fil Ć©lectrique s’éteint dans la coupelle portant le nom de Ā« Copper Ā». La tension est palpable, je ne comprends toujours pas ce que je fais lĆ , mais je sais que j’ai peur.

– Maintenant Clarke, annonce MacReady.

Même résultat, alors que Windows tient nerveusement en joue les deux corps inertes.

– Clarke Ć©tait humain, ce qui fait de toi un meurtrier, dĆ©clare mon compagnon d’infortune.

Clarke Ć©tait humain… ? Ai-je bien entenduĀ ? C’est du dĆ©lire, qu’est-ce qu’il a voulu dire ? J’ai envie de protester, de crier, d’essayer de me lever, mais mon corps ne rĆ©agit toujours pas, comme s’il ne m’appartenait plus, comme si j’en Ć©tais le locataire.

– Palmer maintenant.

Une sensation Ć©trange m’envahit, je suis Palmer, j’en suis sĆ»r. Mes yeux me brĆ»lent, mais mes paupiĆØres ne rĆ©agissent pas quand je leur ordonne de se fermer. Ce qui devrait ĆŖtre un rĆ©flexe ne l’est plus. Pourtant, je sens une contraction de mon visage, comme si j’esquissais un demi-sourire. Une panique sourde m’enveloppe tout entier mais seul mon esprit semble fonctionner. J’implore que l’on me dĆ©tache, qu’on m’explique, qu’on me laisse partir, que je n’ai rien Ć  voir avec ces gens, avec leur jeu malsain et incomprĆ©hensible.

Rien ne se passe.

– Ƈa n’a aucun sens, cela ne prouve absolument rien, dĆ©clare mon voisin direct.

Une colĆØre gronde dans chaque mot qu’il profĆØre, mais reste stoĆÆque en les dĆ©clamant.

– Bien sĆ»r que tu penses Ƨa Gary. Tu Ć©tais le seul Ć  avoir accĆØs Ć  la banque de sang. Tu seras le dernier.

Alors que MacReady regarde celui qui partage mon sort, il plonge machinalement son câble testeur dans ma coupelle.

Un Ć©trange cri de douleur retenti alors que le sang produit une gerbe pour fuir cette agression. MacReady lĆ¢che prĆ©cipitamment mon rĆ©cipient, tandis que l’hĆ©moglobine qui recouvre le sol ruisselle dans plusieurs directions, animĆ©e de sa propre volontĆ© pour s’échapper. Mon corps tout entier est pris de tremblements je ne peux plus rien maĆ®triser, ni mes mouvements, ni mes pensĆ©es, ni la terreur qui m’a dĆ©finitivement englouti. MacReady pointe son lance-flamme vers moi, mais il est dĆ©fectueux. La douleur devient insupportable alors que je sens mon visage se dilater, mes globes oculaires gonfler et Ć©clater. Je ne vois plus rien. Mes mains et mes pieds se dĆ©forment et enflent, tandis que la douleur atteint son paroxysme. Pourtant mon esprit ne s’est pas dĆ©cidĆ© Ć  baisser le rideau et je subis, encore et encore. Quelques sons me parviennentĀ : les cris de mes voisins de canapĆ©, le lance-flamme qui refuse toujours de fonctionner, une panique gĆ©nĆ©rale. J’attends la fin avec impatience maintenant. Soudain, je suis projetĆ© au plafond, faisant fi de la pesanteur, avant de retomber sur ce qui fut jadis, des pieds.

– Windows, crame-le !

Oui crame-moi et mets fin Ć  mon martyr… Je sens clairement, et effroyablement, ma tĆŖte se dĆ©chirer en deux part Ć©gales, avant de sombrer enfin dans un nĆ©ant salvateur et bienveillant.

(1: 23: 44)

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