Oliver KrauQ

The Thing « Le cas Palmer »

(Initialement présente dans le premier tome des Chroniques d’une autre Réalité, cette nouvelle hommage à John Carpenter revisite la scène du « blood test » du point de vue de palmer. Pour les fans, et pour les autres.)

(1: 20: 56)

Qui sont ces gens ?

Où suis-je ?

Qui suis-je ?

Impression de flou, comme si je venais de me réveiller, pourtant, je le suis parfaitement. Plutôt une absence. Je suis attaché à un sofa, et sur ma droite se trouvent deux autres hommes, attachés également, tandis que d’autres encore se tiennent debout. Tous fixent un barbu, habillé chaudement, qui nous menace avec un lance-flamme.

Je ne comprends rien à ce qui se passe.

La pièce où nous nous trouvons est une sorte de salle de jeux, ou de repos. Un énorme jukebox orange et une borne d’arcade côtoient un flipper. Des cibles de jeux de fléchettes et une énorme carte habillent le mur. Il s’agit d’une carte de l’Antarctique. La couleur bleue qui perce des fenêtres me confirme ce que les autres indices suggéraient : je suis bien au pôle sud, dans ce qui ressemble à une base. Je ne sais pas comment, mais j’en suis sûr.

– Détachez-moi, me hasardé-je.

Aucun son ne sort de ma bouche, comme si les mots refusaient de passer de ma pensée à mes cordes vocales. Personne ne me prête attention, tous captivés par cet homme.

Il chauffe un fil électrique avec l’amorce de son lance-flamme et des coupelles emplies de sang se trouvent sur la table à côté de lui. Cette scène est surréaliste… et incompréhensible.

Une douleur pulse à mon pouce droit, une gaze le recouvre. J’en déduis que l’une des coupelles contient de mon sang, putain, je ne comprends vraiment rien.

L’homme au lance-flamme plonge le fil électrique chauffé à blanc dans le récipient portant l’étiquette « Windows ». Il se passe exactement ce qu’il doit se passer, le fil fait un bruit semblable à un fer à cheval plongé dans l’eau, laissant échapper un fin filet de fumée. Un autre barbu, une blessure récente sur le front et habillé d’une chemise bleue, lâche un soupir de soulagement.

– Tu es OK. Bon, enfile ça et surveille-les.

Windows ne demande pas son reste et s’équipe à son tour d’un lance-flamme.

– Je vais maintenant vous montrer ce que je sais déjà.

Le bout de fil électrique chauffé donne à nouveau le même résultat lorsqu’il est plongé dans le sang de la coupelle portant le nom de « MacReady ». J’en conclus que c’est le barbu qui mène la dance.

– C’est des conneries, lance l’homme noir, attaché au sofa avec moi.

Un autre, stoïque, cheveux gris, se trouve entre nous deux.

– Au tour de Doc et de Clarke.

Je tourne la tête et découvre deux corps allongés et ligotés sur un billard. Celui de gauche, encore un barbu, présente un trou au milieu du front, et le sang qui l’auréole ne laisse aucun doute. Cet homme est mort, une balle dans la tête. Le second, un peu dégarni, pourrait bien être inconscient, je ne vois rien d’autre depuis ma position. Le fil électrique s’éteint dans la coupelle portant le nom de « Copper ». La tension est palpable, je ne comprends toujours pas ce que je fais là, mais je sais que j’ai peur.

– Maintenant Clarke, annonce MacReady.

Même résultat, alors que Windows tient les deux corps en joue, nerveusement.

– Clarke était humain, ce qui fait de toi un meurtrier.

C’est encore celui qui est attaché comme moi.

Clarke était humain… du délire, qu’est-ce qu’il a voulu dire ? J’ai envie de protester, de crier, d’essayer de me lever, mais mon corps ne réagit pas, comme s’il ne m’appartenait pas, comme si j’en étais le locataire.

– Palmer maintenant.

Une sensation étrange m’envahit, je suis Palmer, j’en suis sûr. Mes yeux me brûlent, mais mes paupières ne réagissent pas quand je leur ordonne de se fermer. Ce qui devrait être un réflexe ne l’est plus. Pourtant, je sens une contraction des muscles de mon visage, sur le côté gauche, comme si j’esquissais un demi-sourire. Une panique sourde m’enveloppe tout entier, mais seul mon esprit semble fonctionner. J’implore que l’on me détache, qu’on m’explique, qu’on me laisse partir, que je n’ai rien à voir avec ces gens, avec leur jeu malsain et incompréhensible.

Rien ne se passe.

– Ça n’a aucun sens, cela ne prouve absolument rien, déclare mon voisin direct.

Il reste stoïque, mais une colère gronde dans chaque mot qu’il prononce.

– Bien sûr que tu penses ça, Gary. Tu étais le seul à avoir accès à la banque de sang. Tu seras le dernier.

Alors que MacReady regarde celui qui partage mon sort, il plonge machinalement son câble testeur dans ma coupelle.

Un étrange cri de douleur retentit alors que le sang produit une gerbe pour fuir cette agression. MacReady lâche précipitamment mon récipient, tandis que l’hémoglobine qui recouvre le sol ruisselle dans plusieurs directions, animée de sa propre volonté pour s’échapper. Mon corps tout entier est pris de tremblements, je ne peux plus rien maîtriser, ni mes mouvements, ni mes pensées, ni la terreur qui m’a submergé. MacReady pointe son lance-flamme vers moi, mais il est défectueux. La douleur devient insupportable alors que je sens mon visage se dilater, mes globes oculaires gonfler et éclater. Je ne vois plus rien. Mes mains et mes pieds se déforment et grandissent, et la douleur est à son paroxysme, pourtant mon esprit n’a pas décidé d’éteindre ma conscience et je subis, encore et encore. Quelques sons me parviennent, les cris de mes voisins de canapé, le lance-flamme qui refuse toujours de fonctionner, je l’attends pourtant avec impatience maintenant. Soudain, je suis projeté au plafond, faisant fi de la pesanteur, avant de retomber sur ce qui fut jadis des pieds.

– Windows, crame-le !

Oui, crame-moi et mets fin à mon supplice… Je sens clairement, et effroyablement, ma tête se déchirer en deux parts égales, avant de sombrer enfin dans un néant salvateur et bienveillant.

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