Le chêne

 

C’était une forêt majestueuse. Une forêt séculaire. Et au cœur de ce gigantesque assemblage d’épicéas, de hêtres et d’érables trônait le plus ancien des chênes, le plus grand, le plus imposant. Mais il se faisait vieux, en bordure de la clairière où il avait vu le jour il y a tant de générations humaines. Du haut de ses quarante mètres, sa cime dépassait la frondaison de la forêt. Il régnait comme un souverain bien aimé sur les arbres et arbustes à des kilomètres alentour.

Pourtant cette autorité lui était contestée. Un chêne plus jeune de quelques décennies avait pour ambition de prendre la place du Vénérable. Il avait enfoncé profondément ses racines pour absorber ce dont il avait besoin de la terre nourricière, afin de devenir plus imposant et plus grand que le roi des arbres. Il n’y avait aucun conteste sur son diamètre monumental et la colossale puissance qu’il dégageait. Encore quelques décades et il pourrait rivaliser de hauteur, exhibant fièrement son arrogance au restant de la forêt et déclarant ouvertement son ambition à ses futurs sujets. Il était tellement plus vigoureux que le Vénérable, qu’il aurait déjà dû être le maître de ses pairs. Mais rien n’y faisait et la patience ne lui était pas une vertu, comble pour un arbre.

Le Prétendant n’avait pas d’autres choix que d’attendre la fin du Vénérable, et celle-ci était proche. Une attaque d’Oomycota avait affaibli le vieux sage. Cet organisme, semblable à un champignon, provoquait la mort subite du chêne. Bien sûr, pour un tel arbre, la mort subite prenait plusieurs semaines ou mois, mais tous les chênes subissant cette maladie étaient condamnés et il ne restait plus au jeune ambitieux qu’à se réjouir, et attendre son heure pour devenir à son tour le Vénérable. Il y avait déjà quelques temps, temps que représentent des vies pour les humains, le vieux avait subi une attaque d’insectes foreurs, qui affaiblissaient la structure même des arbres et pouvaient les coucher lors de fortes rafales de vents. Le prétendant avait comploté avec certaines forces de la forêt pour que ces parasites attaquent le souverain des bois. Ces insectes fouisseurs ou foreurs avait été exterminé par des oiseaux dont l’ancien abritait les nids avant que des dégâts ne fussent irréversibles. De grandes cicatrices couraient cependant le long du tronc du vieux, défigurant à jamais l’arbre d’où Saint-Louis dispensait la justice. Et maintenant la victoire était à portée de branches. La saison blanche, celle qui recouvre la forêt de son manteau froid, humide et si éclatant, devrait être la dernière. Le Prétendant allait régner sur ce domaine végétal pendant des années et des années.

C’est alors qu’au plus profond de la terre, une légère vibration remonta jusqu’à la surface, les racines se faisant conductrices de cette anomalie au milieu du calme de la forêt. Puis le bourdonnement d’un moustique aux dimensions anormales se rapprocha, gagna de la vitesse, et un murmure de feuilles se transmit d’arbres en arbres à la même vitesse. Et ce murmure traduisait de la peur. Le Prétendant n’était pas effrayé, il se devait de faire bonne figure devant sa future cour pour s’imposer à la place du Vénérable, même si la plupart des habitants de la forêt ne l’appréciaient pas, ressentant son ambition malsaine. Le grondement se fit plus puissant au fur et à mesure de l’avancée de la chose qui le générait, quand soudain tout s’arrêta. Deux insectes minuscules émergèrent de la grosse chose et émirent des sons bizarres et incompréhensibles pour le Prétendant.

« Hey Jo, qu’est que tu penses de celui-là ? » n’était pas un chant d’oiseau connu

« Ouais mais il a l’air malade et plein de trous, on va prendre le balaise à coté, c’est exactement ça qu’il nous faut, appelle les gars et fait venir les camions » non plus.

Le vieux émis des vibrations de tristesse mêlées de jubilation vindicative vers le prétendant qui ne comprit pourquoi qu’au moment où les tronçonneuses industrielles attaquèrent son écorce.

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